Paul Èluard

 


Fotografía: tomada de Alalettre.com

 
 
 
 
Esbozo biográfico
 

Paul Éluard(1895-1952). Hijo de un contable, su infancia transcurre a las afueras de París. Enfermo de tuberculosis, tiene que abandonar sus estudios para ser ingresado en un sanatorio, donde conoce a su futura esposa, Helena Diakonova, a quien llama Gala. Tras su participación en la Primera Guerra Mundial, inicia sus contactos con el círculo de intelectuales anarquistas, los dadaístas. Unido al grupo, muy pronto la aparición del surrealismo le convierte en una de las figuras más representativas del surrealismo francés, colaborando al lado de personalidades como André Breton, Louis Aragon y Soupault. Sus escritos terminan siendo el resultado mágico y musical de las palabras. En 1926, junto a André Breton y Louis Aragon, se une al partido comunista, que influye notablemente en su obra. La nueva poesía tiene como objetivo el dolor, la esperanza y la justicia social. En 1927 se encuentra en Barcelona, camino de Mallorca. Al año siguiente, es nombrado en el "Manifest Groc" que firman Dalí, Gasch y Montanyà. En 1929 visita Cadaqués junto a su mujer e hija invitado por Salvador Dalí. Se trata del momento de unión entre Gala y Dalí y de la desunión con Paul Éluard. En 1936 da dos conferencias, una en la Sala Esteve de Barcelona y otra en el Ateneo madrileño con motivo de la Exposición de Picasso que organiza ADLAN. Durante la ocupación alemana en Francia, Paul Éluard se convierte en uno de los escritores más relevantes de la resistencia. Entre sus obras capitales deben mencionarse: "El deber y la inquietud" (1917), "Capital del dolor" (1926), "La Inmaculada Concepción", en colaboración con Breton (1930), "Curso natural" (1938), "Poesía y verdad" (1942), "Lección de moral" (1950) y "Los senderos y los caminos de la poseía" (1952).

 
Selección Poética
(La presente selección poética de Paul Éluard, ha sido realizada por André Cruchaga)
 

Poèmes pour des artistes

Le travail du peintre

A Picasso.


I
Entoure ce citron de blanc d'œuf informe
Enrobe ce blanc d'œuf d'un azur souple et fin
La ligne droite et noire a beau venir de toi
L'aube est derrière ton tableau

Et des murs innombrables croulent
Derrière ton tableau et toi l'oeil fixe
Comme un aveugle comme un fou
Tu dresses une haute épée vers le vide

Une main pourquoi pas une seconde main
Et pourquoi pas la bouche nue comme une plume
Pourquoi pas un sourire et pourquoi pas des larmes
Tout au bord de la toile où jouent les petits clous

Voici le jour d'autrui laisse aux ombres leur chance
Et d'un seul mouvement des paupières renonce


II
Tu dressais une haute épée
Comme un drapeau au vent contraire
Tu dressais ton regard contre l'ombre et le vent
Des ténèbres confondantes

Tu n'as pas voulu partager
II n'y a rien à attendre de rien
La pierre ne tombera pas sur toi
Ni l'éloge complaisant

Dur contempteur avance en renonçant
Le plaisir naît au sein de ton refus
L'art pourrait être une grimace
Tu le réduis à n'être qu'une porte

Ouverte par laquelle entre la vie


III
Et l'image conventionnelle du raisin
Posé sur le tapis l'image
Conventionnelle de l'épée

Dressée vers le vide point d'exclamation
Point de stupeur et d'hébétude
Qui donc pourra me la reprocher

Qui donc pourra te reprocher la pose
Immémoriale de tout homme en proie à l'ombre
Les autres sont de l'ombre mais les autres portent
Un fardeau aussi lourd que le tien
Tu es une des branches de l'étoile d'ombre
Qui détermine la lumière

Ils ne nous font pas rire ceux qui parlent d'ombre
Dans les souterrains de la mort
Ceux qui croient au désastre et qui charment leur mort

De mille et une vanités sans une épine
Nous nous portons notre sac de charbon
A l'incendie qui nous confond


IV
Tout commence par des images
Disaient les fous frères de rien
Moi je relie par des images
Toutes les aubes au grand jour

J'ai la meilleure conscience
De nos désirs Sa sont gentils

Doux et violents comme des faux
Dans l'herbe tendre et rougissante

Aujourd'hui nous voulons manger
Ensemble ou bien jouer et rire
Aujourd'hui je voudrais aller
En U. R. S. S. ou bien me reposer

Avec mon cœur à l'épousée
Avec le pouvoir de bien faire
Et l'espoir fort comme une gerbe
De mains liées sur un baiser


V
Picasso mon ami dément
Mon ami sage hors frontières
II n'y a rien sur notre terre
Qui ne soit plus pur que ton nom

J'aime à le dire j'aime à dire
Que tous tes gestes sont signés
Car à partir de là les hommes
Sont justifiés à leur grandeur

Et leur grandeur est différente
Et leur grandeur est tout égale
Elle se tient sur le pavé
Elle se dent sur leurs désirs


VI
Toujours c'est une affaire d'algues
De chevelures de terrains
Une affaire d'amis sincères
Avec des fièvres de fruits mûrs

De morts anciennes de fleurs jeunes
Dans des bouquets incorruptibles
Et la vie donne tout son cœur
Et la mort donne son secret

Une affaire d'amis sincères
A travers les âges parents
La création quotidienne
Dans le bonjour indifférent


VII
Rideau il n'y a pas de rideau
Mais quelques marches à monter

Quelques marches à construire
Sans fatigue et sans soucis
Le travail deviendra un plaisir
Nous n'en avons jamais douté nous savons bien
Que la souffrance est en surcharge et nous voulons
Des textes neufs des toiles vierges après l'amour

Des yeux comme des enclumes
La vue comme l'horizon
Des mains au seuil de connaître
Comme biscuits dans du vin

Et le seul but d'être premier partout
Jour partagé caresse sans degré
Cher camarade à toi d'être premier
Dernier au monde en un monde premier
Ce poème provient du recueil intitulé " Poésie inintérompue "
 

La fin du monde

A andré Breton

Les yeux cernés à la facon des châteaux dans leur ruine
Une bure de ravins entre elle et son dernier regard
Par un temps délicieux de printemps
Quand les fleurs fardent la terre
Cet abandon de tout
Et tout les désirs des autres à son gré
Sans qu'elle y songe
Sa vie aucune vis sinon la vie
Sa poitrine est sans ombre et son front ne sait pas
Que sa cheuvelure ondulée le berce obstinément.

Des mots quels mots noir ou Cévennes
Bambou respire ou renoncule
Parler c'est se servir de ses pieds pour marcher
De ses mains pour racler les draps comme un mourant
Le yeux ouverts sont sans serrure
Sans effort on a la bouche et les oreilles
Une tache de sang n'est pas un soleil accablant
Ni la pâleur une nuit sans sommeil qui s'en va.

La liberté est plus incompréhensible encore que la visite du médecin
De quel médecin une chandelle dans le désert
Au fond du jour la faible lueur d'une chandelle
L'éternité a commencé et finira avec le lit
Mais pour qui parles-tu puisque tu ne sais pas
Puisque tu ne veux pas savoir
Puisque tu ne sais plus
Par respect
Ce que parler veut dire.
Ce poème provient du recueil intitulé " La vie immédiate "

 

L'heure exacte
A Valentine Hugo.

L'heure exacte marque la rage
Aux dents de singe
Vingt-quatre couchera de soleil
Sur un horizon ridicule
Vingt-quatre couchers de province
Aux joues exquises
Ont fini de délibérer

Et mille lieues de fuite à débrider
Rayon maigre innocent
Et la spirale de lanières qui s'écroule
Au seuil des plaies au seuil du baume

Mal funèbre mal d'encre
Caché par des doigts purs
La glaise de l'automne alourdit le feuillage
Le cheval arrivé ne dépassera pas
La corde pour se pendre
L'horloge enfarinée dit l'heure du départ
Mais elle est arrêtée.
Ce poème provient du recueil intitulé " Cours naturel "

 

Max Ernst
Dans un coin l'inceste agile
Tourne autour de la virginité d'une petite robe.
Dans un coin le ciel délivré
Aux épines de l'orage laisse des boules blanches.

Dans un coin plus clair de tous les yeux
On attend les poissons d'angoisse
Dans un coin la voiture de verdure de l'été
Immobile glorieuse et pour toujours.

A la lueur de la jeunesse
Des lampes allumées très tard
La première montre ses seins que tuent des insectes rouges.
Ce poème provient du recueil intitulé " Répétitions "

 

Georges Braque
Un oiseau s'envole,
II rejette les nues comme un voile inutile,
II n'a jamais craint la lumière,
Enfermé dans son vol
II n'a jamais eu d'ombre.

Coquilles des moissons brisées par le soleil.
Toutes les feuilles dans les bois disent oui,
Elles ne savent dire que oui,
Toute question, toute réponse
Et la rosée coule au fond de ce oui.

Un homme aux yeux légers décrit le ciel d'amour.
Il en rassemble les merveilles
Comme des feuilles dans un bois,
Comme des oiseaux dans leurs ailes
Et des hommes dans le sommeil.
Ce poème provient du recueil intitulé " Capitale de la douleur "

 

Salvador Dali
C'est en tirant sur la corde des villes en fanant
Les provinces que le délié des sexes
Accroît les sentiments rugueux du père
En quête d'une végétation nouvelle
Dont les nuits boule de neige
Interdisent à l'adresse de montrer le bout mobile de son nez.

C' est en lissant les graines imperceptibles des désirs
Que l'aiguille s'arrête complaisamment
Sur la dernière minute de l'araignée et du pavot
Sur la céramique de l'iris et du point de suspension
Que l'aiguille se noue sur la fausse audace
De l'arrêt dans les gares et du doigt de la pudeur.

C'est en pavant les rues de nids d'oiseaux
Que le piano des mêlées de géants
Fait passer au profit de la famine
Les chants interminables des changements de grandeur
De deux êtres qui se quittent.

C'est en acceptant de se servir des outils de la rouille
En constatant nonchalamment la bonne foi du métal
Que les mains s'ouvrent aux délices des bouquets
Et autres petits diables des villégiatures
Au fond des poches rayées de rouge.

C'est en s'accrochant à un rideau de mouches
Que la pêcheuse malingre se défend des marins
Elle ne s'intéresse pas à la mer bête et ronde comme une pomme

Le bois qui manque la forêt qui n'est pas là
La rencontre qui n'a pas lieu et pour boire
La verdure dans les verres et la bouche qui n'est faite
Que pour pleurer une arme le seul terme de comparaison
Avec la table avec le verre avec les larmes
Et l'ombre forge le squelette du cristal de roche.

C'est pour ne pas laisser ces yeux les nôtres vides entre nous
Qu'elle tend ses bras nus
La fille sans bijoux la fille à la peau nue
II faudrait bien par-ci par-là des rochers des vagues
Des femmes pour nous distraire pour nous habiller
Ou des cerises d'émeraude dans le lait de la rosée.

Tant d'aubes brèves dans les mains
Tant de gestes maniaques pour dissiper l'insomnie
Sous la rebondissante nuit du linge
Face à l'escalier dont chaque marche est le plateau d'une balance

Face aux oiseaux dressés contre les torrents
L'étoile lourde du beau temps s'ouvre les veines.
Ce poème provient du recueil intitulé " La Vie immédiate "

 

Man Ray
L'orage d'une robe qui s'abat
Puis un corps simple sans nuages
Ainsi venez me dire tous vos charmes
Vous qui avez eu votre part de bonheur
Et qui pleurez souvent le sort sinistre de celui qui vous a rendue si heureuse

Vous qui n'avez pas envie de raisonner
Vous qui n'avez pas su faire un homme
Sans en aimer un autre

Dans les espaces de marées d'un corps qui se dévêt
A la mamelle du crépuscule ressemblant
L'oeil fait la chaîne sur les dunes négligées
Où les fontaines tiennent dans leurs griffes des mains nues

Vestiges du front nu joues pâles sous les cils de l'horizon
Une larme fusée fiancée au passé
Savoir que la lumière fut fertile
Des hirondelles enfantines prennent la terre pour le ciel

La chambre noire où tous les cailloux du froid sont à vif
Ne dis pas que tu n'as pas peur
Ton regard est à la hauteur de mon épaule
Tu es trop belle pour prêcher la chasteté

Dans la chambre noire où le blé même
Naît de la gourmandise

Reste immobile
Et tu es seule.
Ce poème provient du recueil intitulé " La rose publique "

 

poèmes d'Amour

Celle de toujours, toute
Si je vous dis : " j'ai tout abandonné "
C'est qu'elle n'est pas celle de mon corps,
Je ne m'en suis jamais vanté,
Ce n'est pas vrai
Et la brume de fond où je me meus
Ne sait jamais si j'ai passé.

L'éventail de sa bouche, le reflet de ses yeux,
Je suis le seul à en parler,
je suis le seul qui soit concerné
Par ce miroir si nul où l'air circule à travers moi
Et l'air a un visage aimant, ton visage,
A toi qui n'as pas de nom et que les autres ignorent,
La mer te dit : sur moi, le ciel te dit : sur moi,
Les astres te devinent, les nuages t'imaginent
Et le sang de la générosité
Te porte avec délices.
Je chante la grande joie de te chanter,
La grande joie de t'avoir ou de ne pas t'avoir,
La candeur de t'attendre, l'innocence de te connaitre,

O toi qui supprimes l'oubli, l'espoir et l'ignorance,
Qui supprimes l'absence et qui me mets au monde,
Je chante pour chanter, je t'aime pour chanter
Le mystère où l'amour me crée et se délivre.

Tu es pure, tu es encore plus pure que moi-même.
- entre Oct. 1924 et aout 1926 -
Ce poème provient du recueil intitulé " Capitale de la douleur "

 

Toi la seule
Toi la seule et j'entends les herbes de ton rire
Toi c'est la tête qui t'enlève
Et du haut des dangers de mort
Sur les globes brouillés de pluie des vallées
Sous la lumière lourde sous le ciel de terre
Tu enfantes la chute.

Les oiseaux ne sont plus un abri suffisant
Ni la paresse ni la fatigue
Le souvenir des bois et des ruisseaux fragiles
Au matin des caprices
Au matin des caresses visibles
Au grand matin de l'absence la chute.
Les barques de tes yeux s'égarent
Dans la dentelle des disparitions
Le gouffre est dévoilé aux autres de l'éteindre
Les ombres que tu crées n'ont pas droit à la nuit.
Ce poème provient du recueil intitulé " L'amour la poésie "
 

Nous avons fait la nuit
Nous avons fait la nuit je tiens ta main je veille
Je te soutiens de toutes mes forces
Je grave sur un roc l'étoile de tes forces
Sillons profonds où la bonté de ton corps germera
Je me répète ta voix cachée ta voix publique
Je ris encore de l'orgueilleuse
que tu traites comme une mendiante
Des fous que tu respectes des simples où tu te baignes
Et dans ma tête qui se met doucement d'accord avec la tienne avec la nuit
Je m'émerveille de l'inconnue semblable à toi semblable à tout ce que j'aime
Qui est toujours nouveau.
Ce poème provient du recueil intitulé " Les yeux fertiles "

 

Je t'aime
Je t'aime pour toutes les femmes que je n'ai pas connues
Je t'aime pour tous les temps où je n'ai pas vécu
Pour l'odeur du grand large et l'odeur du pain chaud
Pour la neige qui fond pour les premières fleurs
Pour les animaux purs que l'homme n'effraie pas
Je t'aime pour aimer
Je t'aime pour toutes les femmes que je n'aime pas

Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu
Sans toi je ne vois rien qu'une étendue déserte
Entre autrefois et aujourd'hui
Il y a eu toutes ces morts que j'ai franchies sur de la paille
Je n'ai pas pu percer le mur de mon miroir
Il m'a fallu apprendre mot par mot la vie
Comme on oublie

Je t'aime pour ta sagesse qui n'est pas la mienne
Pour la santé
Je t'aime contre tout ce qui n'est qu'illusion
Pour ce coeur immortel que je ne détiens pas
Tu crois être le doute et tu n'es que raison
Tu es le grand soleil qui me monte à la tête
Quand je suis sûr de moi.
Ce poème provient du recueil intitulé " Le Phénix "
 

Dominique aujourd'hui présente
Toutes les choses au hasard
Tous les mots dits sans y penser
Et qui sont pris comme ils sont dits
Et nul n'y perd et nul n'y gagne

Les sentiments à la dérive
Et l'effort le plus quotidien
Le vague souvenir des songes
L'avenir en butte à demain

Les mots coincés dans un enfer
De roues usées de lignes mortes
Les choses grises et semblables
Les hommes tournant dans le vent

Muscles voyants squelette intime
Et la vapeur des sentiments
Le coeur réglé comme un cercueil
Les espoirs réduits à néant

Tu es venue l'après-midi crevait la terre
Et la terre et les hommes ont changé de sens
Et je me suis trouvé réglé comme un aimant
Réglé comme une vigne

A l'infini notre chemin le but des autres
Des abeilles volaient futures de leur miel
Et j'ai multiplié mes désirs de lumière
Pour en comprendre la raison

Tu es venue j'étais très triste j'ai dit oui
C'est à partir de toi que j'ai dit oui au monde
Petite fille je t'aimais comme un garcon
Ne peut aimer que son enfance

Avec la force d'un passé très loin très pur
Avec le feu d'une chanson sans fausse note
La pierre intacte et le courant furtif du sang
Dans la gorge et les lèvres

Tu es venue le voeu de vivre avait un corps
Il creusait la nuit lourde il caressait les ombres
Pour dissoudre leur boue et fondre leurs glacons
Comme un oeil qui voit clair

L'herbe fine figeait le vol des hirondelles
Et l'automne pesait dans le sac des ténèbres
Tu es venue les rives libéraient le fleuve
Pour le mener jusqu'à la mer

Tu es venue plus haute au fond de ma douleur
Que l'arbre séparé de la forêt sans air
Et le cri du chagrin du doute s'est brisé
Devant le jour de notre amour

Gloire l'ombre et la honte ont cédé au soleil
Le poids s'est allégé le fardeau s'est fait rire
Gloire le souterrain est devenu sommet
La misère s'est effacée

La place d'habitude où je m'abêtissais
Le couloir sans réveil l'impasse et la fatigue
Se sont mis à briller d'un feu battant des mains
L'éternité s'est dépliée

O toi mon agitée et ma calme pensée
Mon silence sonore et mon écho secret
Mon aveugle voyante et ma vue dépassée
Je n'ai plus eu que ta présence

Tu m'as couvert de ta confiance.
Ce poème provient du recueil intitulé " Le phénix "
 

L'amoureuse
Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s'engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.

Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s'évaporer les soleils,
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.
Ce poème provient du recueil intitulé " Capitale de la douleur "

 

La Courbe de tes yeux
La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.
Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs,
Parfums éclos d'une couvée d'aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres,
Comme le jour dépend de l'innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et tout mon sang coule dans leurs regards.
Ce poème provient du recueil intitulé " Capitale de la douleur "

 

poèmes surréaliste

La terre est bleue
La terre est bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas
Ils ne vous donnent plus à chanter
Au tour des baisers de s'entendre
Les fous et les amours
Elle sa bouche d'alliance
Tous les secrets tous les sourires
Et quels vêtements d'indulgence
À la croire toute nue.

Les guêpes fleurissent vert
L'aube se passe autour du cou
Un collier de fenêtres
Des ailes couvrent les feuilles
Tu as toutes les joies solaires
Tout le soleil sur la terre
Sur les chemins de ta beauté.

Oeil de sourd
Faites mon portait.
Il se modifiera pour remplir tous les vides.
Faites mon portrait sans bruit, seul le silence,
A moins que - s'il - sauf - excepté -
Je ne vous entends pas.

Il s'agit, il ne s'agit plus.
Je voudrais ressembler -
Fâcheuse coïncidence, entre autres grandes affaires.
Sans fatigue, têtes nouées
Aux mains de mon activité.
Ce poème provient du recueil intitulé " L'amour la poésie "
 

Onze haï-kaïs
I
A moitié petite,
La petite
Montée sur un banc.
 

II
Le vent
Hésitant
Roule une cigarette d'air.


III
Palissade peinte
Les arbres verts sont tout rosés
Voilà ma saison.


IV
Le cœur à ce qu'elle chante
Elle fait fondre la neige
La nourrice des oiseaux.


V
Paysage de paradis
Nul ne sait que je rougis
Au contact d'un homme, la nuit.


VI
La muette parle
C'est l'imperfection de l'art
Ce langage obscur.


VII
L'automobile est vraiment lancée
Quatre têtes de martyrs
Roulent sous les roues.


VIII
Roues des routes,
Roues fil à fil déliées,
Usées.


IX
Ah ! mille flammes, un feu, la lumière,
Une ombre!
Le soleil me suit.


X
Femme sans chanteur,
Vêtements noirs, maisons grises,
L'amour sort le soir.


XI
Une plume donne au chapeau
Un air de légèreté
La cheminée fume.
Ce poème provient du recueil intitulé " Pour vivre ici "

 

Les ciseaux et leur père
Le petit est malade, le petit va mourir. Lui qui nous a
donné la vue, qui a enfermé les obscurités dans les forêts
de sapins, qui séchait les rues après l'orage. Il avait,
il avait un estomac complaisant, il portait le plus doux
climat dans ses os et faisait l'amour avec les clochers.
Le petit est malade, le petit va mourir. Il tient
maintenant le monde par un bout et l'oiseau par les
plumes que la nuit lui rapporte. On lui mettra une
grande robe, une robe sur moyen panier, fond d'or,
brodée avec l'or de couleur, une mentonnière avec des
glands de bienveillance et des confettis dans les cheveux.
Les nuages annoncent qu'il n'en a plus que pour deux
heures. A la fenêtre, une aiguille à l'air enregistre les
tremblements et les écarts de son agonie. Dans leurs
cachettes de dentelle sucrée, les pyramides se font de
grandes révérences et les chiens se cachent dans les rébus
- les majestés n'aiment pas qu'on les voie pleurer. Et
le paratonnerre ? Où est monseigneur le paratonnerre ?
Il était bon. Il était doux. Il n'a jamais fouetté le
vent, ni écrasé la boue sans nécessité. Il ne s'est jamais
enfermé dans une inondation. Il va mourir. Ce n'est
donc rien du tout d'être petit ?
Ce poème provient du recueil intitulé " Les malheurs des immortels "

  

Mon petit Mont Blanc
La petite personne noire a froid. A peine si trois
lumières bougent encore, à peine si les planètes,
malgré leur voilure complète, avancent en flottant :
depuis trois heures il n'y a plus de vent, depuis trois
heures la gravitation a cessé d'exister. Dans les tourbières,
les herbes noires sont menacées par le prestidigitateur
et restent en terre avec les chauves et la
douceur de leur chair que le jour commence à broder
de nuages amers.
Ce poème provient du recueil intitulé " Les malheurs des immortels "

 

Rencontre de deux sourires
Dans le royaume des coiffeurs, les heureux ne perdent
pas tout leur temps à être mariés. Au-delà de la
coquetterie des guéridons, les pattes des canards
abrègent les cris d'appel des dames blanches. Dans la
manche du violon, vous trouverez les cris des grillons.
Dans la manche du manchot, vous trouverez le philtre
pour se faire tuer. Vous serez étonnés de retrouver la
splendeur de vos miroirs dans les ongles des aigles.
Regardez ces petits serpents canonisés qui, à la veille
de leur premier bal, lancent du sperme avec leurs
seins. La richesse a tellement troublé leurs ambitions
qu'ils posent des énigmes éternelles aux antiquaires
qui passent. Écoutez les soupirs de ces femmes coiffées en papillon.
Ce poème provient du recueil intitulé " Les malheurs des immortels "

 

Les deux tout
Par un froid de papier, les écoliers du vide rougissent
à travers les vitres. Un grand rideau sur la façade
se gonfle de petits monstres.
L'ébéniste est représenté jusqu'aux genoux. Enfermé
dans son prototype jusqu'en été, il fait tomber
tout doucement son fils dormeur aux yeux galonnés
d'or. Si l'on impose sur ses épaules la détestable
armée des quilles mortes, les poissons s'en vont pour
accrocher leurs barbes mouillées au plafond de la mer.
La lenteur de ses gestes lui donne toutes les illusions.
Dépouillé de ses habits de verre bleu et de ses moustaches
incassables, un demi-scrupule l'empêche de
dormir sous la neige qui commence à tomber.
Son amour vu d'en bas avec l'idéal de la perspective, il part demain.
Ce poème provient du recueil intitulé " Les malheurs des immortels "

 
Conseils d'Ami

Ramassez sous les chênes les taches de rousseur et
les grains de beauté,
suivez en barque les troupeaux des jours d'éclipsé,
contemplez avec des cailloux dans les yeux l'immobilité
des mannequins tout puissants,
divisez en dansant le claquement des fouets,
voyez les femmes, à quarante ans, elles laissent leur
cœur dans le tronc des pauvres et remplacent les
légumes par des attitudes classiques.
Ce poème provient du recueil intitulé " Les malheurs des immortels "
 

poèmes de Liberté

Poèmes pour la paix
I
Toutes les femmes heureuses ont
Retrouvé leur mari - il revient du soleil
Tant il apporte de chaleur.
Il rit et dit bonjour tout doucement
Avant d'embrasser sa merveille.


II
Splendide, la poitrine cambrée légèrement,
Sainte ma femme, tu es à moi bien mieux qu'au temps
Où avec lui, et lui, et lui, et lui, et lui,
Je tenais un fusil, un bidon - notre vie !


III
Tous les camarades du monde,
O ! mes amis !
Ne valent pas à ma table ronde
Ma femme et mes enfants assis,
O ! mes amis !
IV
Après le combat dans la foule,
Tu t'endormais dans la foule.
Maintenant, tu n'auras qu'un souffle près de toi,
Et ta femme partageant ta couche
T'inquiétera bien plus que les mille autres bouches.


V
Mon enfant est capricieux -
Tous ces caprices sont faits.
J'ai un bel enfant coquet
Qui me fait rire et rire.


VI
Travaille.
Travail de mes dix doigts et travail de ma tête,
Travail de Dieu, travail de bête,
Ma vie et notre espoir de tous les jours,
La nourriture et notre amour.
Travaille.


VII
Ma belle, il nous faut voir fleurir
La rose blanche de ton lait.
Ma belle, il faut vite être mère,
Fais un enfant à mon image...


VIII
J'ai eu longtemps un visage inutile,
Mais maintenant
J'ai un visage pour être aimé,
J'ai un visage pour être heureux.


IX
Il me faut une amoureuse,
Une vierge amoureuse,
Une vierge à la robe légère.


X
Je rêve de toutes les belles
Qui se promènent dans la nuit,
Très calmes,
Avec la lune qui voyage.


XI
Toute la fleur des fruits éclaire mon jardin,
Les arbres de beauté et les arbres fruitiers.
Et je travaille et je suis seul dans mon jardin.
Et le soleil brûle en feu sombre sur mes mains.


Liberté

Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J'écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J'écris ton nom

Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom

Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom

Sur chaque bouffée d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom

Sur l'absence sans désirs
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.
Ce poème provient du recueil intitulé " Poésie et vérité 42 "

 

La victoire de Guernica

I
Beau monde des masures
De la nuit et des champs


II
Visages bons au feu visages bons au fond
Aux refus à la nuit aux injures aux coups


III
Visages bons à tout
Voici le vide qui vous fixe
Votre mort va servir d'exemple


IV
La mort coeur renversé

V
Ils vous ont fait payer la pain
Le ciel la terre l'eau le sommeil
Et la misère
De votre vie


VI
Ils disaient désirer la bonne intelligence
Ils rationnaient les forts jugeaient les fous
Faisaient l'aumône partageaient un sou en deux
Ils saluaient les cadavres
Ils s'accablaient de politesses


VII
Ils persévèrent ils exagèrent ils ne sont pas de notre monde


VIII
Les femmes les enfants ont le même trésor
De feuilles vertes de printemps et de lait pur
Et de durée
Dans leurs yeux purs


IX
Les femmes les enfants ont le même trésor
Dans les yeux
Les hommes le défendent comme ils peuvent


X
Les femmes les enfants ont les mêmes roses rouges
Dans les yeux
Chacun montre son sang


XI
La peur et le courage de vivre et de mourir
La mort si difficile et si facile


XII
Hommes pour qui ce trésor fut chanté
Hommes pour qui ce trésor fut gâché

XIII
Hommes réels pour qui le désespoir
Alimente le feu dévorant de l'espoir
Ouvrons ensemble le dernier bourgeon de l'avenir


XIV
Parias la mort la terre et la hideur
De nos ennemis ont la couleur
Monotone de notre nuit
Nous en aurons raison.
Ce poème provient du recueil intitulé " Cours naturel "

Espagne
Les plus beaux yeux du monde
Se sont mis à chanter
Qu'ils veulent voir plus loin
Que les murs des prisons
Plus loin que leurs paupières
Meurtries par le chagrin

Les barreaux de la cage
Chantent la liberté
Un air qui prend le large
Sur les routes humaines
Sous un soleil furieux
Un grand soleil d'orage

Vie perdue retrouvée
Nuit et jour de la vie
Exilés prisonniers
Vous nourrissez dans l'ombre
Un feu qui porte l'aube
La fraicheur la rosée

La victoire

Et le plaisir de la victoire.
Ce poème provient du recueil intitulé " Poèmes politiques "

Soeurs d'espérance
Soeurs d'espérance ô femmes courageuses
Contre la mort vous avez fait un pacte
Celui d'unir les vertus de l'amour

O mes soeurs survivantes
Vous jouez votre vie
Pour que la vie triomphe

Le jour est proche ô mes soeurs de grandeur
Où nous rirons des mots guerre et misère
Rien ne tiendra de ce qui fut douleur

Chaque visage aura droit aux caresses.
Ce poème provient du recueil intitulé " Poèmes politiques "

 

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